mai 20 2012
Errer ou non?
La semaine dernière, j’avais amorcé un sujet suite à la visite du Village royal, un parc luxueux pour autocaravane de classe A qui vend des emplacements en utilisant la formule condo. Touché par la beauté de l’emplacement et ses multiples possibilités, cela m’avait remué et amené à me questionner sur mon genre de caravaning.
Bien sûr, certains ont saisi la balle au bond pour y se lancer dans un conflit de classes sociales. Qu’à cela ne tienne, pour moi « le vrai monde » se retrouve tout autant chez les fortunés que les gueux, il y  des «tarlas» dans les deux camps, mais ce n’est pas en méprisant ce que l’on n’est pas que l’on s’élève dans la qualité de notre humanité.
Bref, je crois que ce projet a trouvé un créneau qui répond véritablement à un besoin et je ne doute nullement de son succès. En quelques jours, au moins six personnes m’ont assuré qu’elles iraient visiter le parc et qu’elles envisageaient sérieusement d’y acheter un emplacement. Tant mieux pour eux!
Par contre, d’autres m’ont confirmé que ce parc ne répondait pas à leurs besoins, du moins pour le moment. Ces caravaniers, souvent nouveaux dans la vie nomade, sont tellement loin d’avoir étanché leur soif de découvertes qu’ils conçoivent mal le fait de se restreindre à un seul endroit. À mes débuts, il y a plus de quatorze ans, cette perspective ne m’aurait pas attiré non plus.
Pourtant, après avoir bourlingué un peu partout en Amérique du Nord, principalement l’hiver à cause de contingences climatiques et gouvernementales, il est un élément auquel tous ceux de ma race (celle des snowbirds) sont confrontés. On peut le désigner par des mots comme racines, famille, amis, communauté. Chaque fois, il nous ramène à une réalité à laquelle on ne peut échapper, un besoin fondamental : celui de se retrouver périodiquement parmi les siens. Je l’ai souvent écrit, autant, quand l’automne arrive, il me tarde de partir, autant, au printemps, je reviens au pays avec la fougue d’un cheval qui anticipe l’écurie.
Les retrouvailles ont cependant pour effet de nous amener à restreindre quelque peu notre mobilité estivale. Visiter les enfants, les parents, les amis remplit facilement plusieurs pages de l’agenda. Ajoutez à cela les impôts, la visite médicale annuelle et celle du dentiste, l’entretien du VR… bref, l’été s’achève avant qu’on ait eu le temps de s’en rendre compte.
Dans ces conditions, il est facile de comprendre pourquoi plusieurs grands nomades d’hiver se transforment en campeurs saisonniers lorsqu’ils reviennent au Québec. Pouvoir dire à ses relations que l’on a un camp de base fixe contribue grandement à leur donner le goût de nous visiter. À l’inverse, conserver ses habitudes de nomades fait que les proches doivent d’abord s’enquérir de l’endroit où l’on est et de celui où l’on sera dans les prochains jours avant de décider s’ils nous rendront visite ou non. Force est de reconnaître que c’est plus compliqué ainsi.
Depuis quelques années, Michelle et moi avons choisi l’option du camp de base, ce qui ne nous empêche nullement de faire autant d’escapades qu’on le désire. Cependant, nos proches savent que nous passons beaucoup de temps au même terrain de camping et cela contribue grandement à la qualité de notre vie sociale et familiale.
Dans le fond, comme un travailleur cesse de travailler durant ses vacances annuelles et monte à bord de son véhicule récréatif pour voyager, pour les nomades que nous sommes, des vacances, c’est d’arrêter d’errer. Il faut de tout pour faire un vrai monde.



