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Archive pour août, 2010

août 29 2010

Réveil brutal

Kouchibouguac, NB, 6 h du matin. Des voix viennent brusquement mettre un terme à ma nuit. Pourtant, dehors, le ciel nuageux laisse tomber une pluie fine créant des conditions idéales pour sommeiller. Que se passe-t-il donc ?

Mes voisins, deux couples voyageant en tente-caravane, ont entrepris de lever le camp de bon matin. Ignorant la règle la plus élémentaire qui, sur un terrain de camping, impose de ne pas faire de bruit avant 8 h, ils ont décidé qu’ils en avaient assez. Tant pis pour ceux qui restent !

Voyager en tente-caravane implique qu’il y a beaucoup de choses à ramasser quand vient le moment de partir. Fermer les chaises pliantes et les secouer soigneusement pour être bien certains qu’aucun perce-oreille n’y a élu domicile, ranger la vaisselle, rouler les sacs de couchage, essuyer les toiles, les replier, balayer et rouler le tapis de sol, baisser le toit, atteler l’auto, raccorder les circuits électriques. Bref, toute une corvée !

Comme le temps est plutôt maussade, les deux couples sur le départ s’encouragent mutuellement. Même Tarzan, un chien à peine plus gros qu’un mulot appuie les efforts de ses maîtres de ses jappements aigus. Chacun y va de sa plaisanterie et Dieu sait que les rires portent loin dans l’air du matin.

« Right flasher, left flasher, brake » criait une voix nasillarde. Pourtant, il aurait été si simple de ne faire qu’un simple geste de la main pour procéder à la vérification du bon fonctionnement des feux. Non, il lui faillait parler fort, très fort, pour être certaine d’être bien comprise. Heureusement, cela se passait en anglais. Imaginez combien la réputation de Québécois en aurait pris un coup si ces caves avaient parlé français.

Non, mais pour qui se prennent-ils, ces impolis ? S’imaginent-ils être tout seuls au fond des bois ? Nous sommes dans un parc national du Canada. Même si le design des terrains procure une impression qu’il n’y a pas de voisins parce qu’on ne les voit pas, ils ne sont qu’à quelques branches d’épinette de distance. Et ils aimeraient bien pouvoir dormir.

Sur la table de bois de l’emplacement, l’un des joyeux lurons frappe avec force les blocs qu’il avait placés sous les béquilles aux quatre coins du VR pour y déloger la boue et d’éventuels cailloux incrustés. Bang Bang! Juste pour être certain que je suis bien réveillé. Jubilant de joie, Tarzan encourage son maître à frapper encore plus fort. Ouaf ouaf ouaf! Il est des fois où j’aimerais voyager durant la période de chasse au clébard.


Les parcs nationaux attirent particulièrement la faune des tentes-caravanes. Un phénomène que nous avons noté tant à Forillon qu’ici à Kouchibougouac, les deux parcs canadiens que nous avons visités récemment. Or, on le sait, après la tente, la tente-caravane impose que l’on vive beaucoup à l’extérieur. Dans le cas des tentes, faute d’espace, les bagages sont limités au minimum : pas de chaises longues pliantes, pas de gros barbecue au propane, de tables, d’accessoires ou d’une pléthore de jouets pour les enfants. Tout au plus un Frisbee ou un ballon de football. Après tout, au départ, tout ce bagage dont entrer dans la voiture.

La situation est bien différente dans le cas des tentes-caravanes. Celles-ci permettent en effet d’emporter beaucoup plus d’accessoires et de bagages, alors on en profite. Chaque fois que l’on monte le camp, il faut sortir tous ces bidules pour libérer l’espace intérieur. Et l’on se répand tout autour en oubliant qu’au moment du départ, il faudra tout ranger.

Dans mon demi-sommeil et ma rage, je n’ai pu m’empêcher de penser combien, il était différent de voyager en tente-caravane et en autocaravane ? Ainsi, ce matin, le caravanier serait sorti, seul, débrancher le fil d’alimentation électrique qu’il aurait rangé dans une soute. Pendant ce temps, sa femme aurait, sans bruit, rangé les choses à l’Intérieur et appuyé sur un bouton pour fermer les rallonges escamotables. Monsieur serait monté à bord et, après mis le moteur en marche, serait parti sans ameuter tout le voisinage.


Bien sûr, le comportement excessif de nos voisins et de Tarzan ne constitue pas une règle générale. Je connais de très nombreux caravaniers en tente-caravane qui se soucient de respecter leurs voisins. J’ai aussi rencontré des caravaniers qui, en quittant leur emplacement, actionnaient les bruyantes flutes à air de leur VR pour dire au revoir à leurs voisins.

Maintenant qu’ils sont partis et que je suis réveillé, aussi bien me lever. Tiens, je vais rédiger mon carnet hebdomadaire, cela va m’aider à quitter ma mauvaise humeur.

Morale de l’histoire : Il n’y a pas que dans le stationnement des Walmart que l’on peut voir des « Bougons ».

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août 22 2010

Visite de famille


Notre pèlerinage presque annuel en Gaspésie a pris fin cet après-midi. Fidèles à nos habitudes, nous avons parcouru la péninsule en roulant dans le sens des aiguilles d’une montre. Est-ce parce que la première fois que nous l’avions fait, c’était en ce sens ? Cela est possible.

Alors que je conduisais sur la route sinueuse longeant la Baie-des-Chaleurs, je me pris à jongler aux différences entre la partie nord de la Gaspésie et la partie sud. Ici, sur la 132 qui traverse plusieurs villages et petites villes, il est facile de penser à tout ou à rien, tellement la circulation n’a rien en commun avec une heure de pointe montréalaise.

Contrairement à la partie nord de la Gaspésie, escarpée et étendant son ruban pour séparer le Saint-Laurent des montagnes, la partie sud n’est que vallons et douceur. Même l’eau semble s’imprégner du calme de la baie. Fini les grosses roches dures et sombres, seulement des plages de petits cailloux ou de sable rougeâtre.

C’est à ce moment que j’ai compris pourquoi j’avais toujours tendance à refaire ce circuit dans le même sens. Chaque fois que débute notre voyage, nous partons de la région métropolitaine, la zone du Québec affichant la plus haute densité de population et le plus fort débit de circulation.

Chaque kilomètre parcouru éloigne de cette tourmente. Au fur et à mesure que nous avançons, les villes deviennent moins grosses, la circulation moins intense. Progressivement, l’agitation des grands centres cède la place au calme. En ce sens, les côtes de la partie nord de la Gaspésie représentent le dernier obstacle vers la paix de la Baie-des-Chaleurs. Ainsi parcourue, la route devient partie d’un véritable processus de décompression mentale progressive

Je vous avais prévenu. C’est fou ce que l’esprit peut battre la campagne lorsqu’il est libéré du stress quotidien ! Au rythme des méandres de la route, la divagation s’installe et l’humain se ressource. Bon, OK, j’ai compris, je reviens sur terre.

Rouler à vitesse réduite présente comme avantage que le conducteur peut mieux observer les caractéristiques du paysage. Je crois que jamais je n’avais autant remarqué la multitude de terrains de camping s’échelonnant tout au long de la baie. Des dizaines dont plusieurs ne sont même pas répertoriés dans le Guide du Camping. Chacun donne le gout de s’y arrêter pour savourer la beauté du paysage et la tranquillité des lieux.

Les propriétaires de ces terrains sont bien loin de se soucier de la guerre sainte que mènent d’autres exploitants hargneux jaloux des Walmart et autres stationnements hospitaliers. En discutant avec eux, on comprend vite qu’à leurs yeux, les caravaniers sont avant tout des personnes qui, en venant les visiter, leur démontrent combien ils habitent une région attirante et magnifique. L’ouverture dont ils font preuve et leur attitude accueillante tranchent avec la mentalité de certains campings considérant les caravaniers comme des citrons qu’il faut presser au maximum. Les gens d’ici ont compris que gentillesse, service et compréhension représentent la meilleure stratégie de marketing pour nous donner le gout de revenir. Et ça marche !

En milieu d’après-midi, nous avons traversé la frontière séparant le Québec de la côte acadienne. Nous y avons retrouvé la même ouverture et la même chaleur dans l’accueil. Les Acadiens nous ressemblent beaucoup. Pour peu, on aurait l’impression de visiter des membres de la famille.


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