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Archive pour juin, 2010

juin 28 2010

Merde au calendrier

Officiellement, mon voyage de presse est terminé. Ce projet avait débuté par une demande du bureau touristique de la Virginie, désireux de faire connaître les attraits aux alentours de deux des routes pittoresques, le Skyline Drive et le Blue Ridge Parkway. Je m’étais engagé envers eux à publier un nouveau carnet chaque jour afin de témoigner de mes découvertes et impressions.

À partir d’aujourd’hui, je peux donc me considérer en vacances puisque mon engagement a été rempli. Toutefois, je tiens à vous rassurer, je n’ai pas l’intention de vous laisser tomber, vacances ou non.

Dorénavant, ce que cela va changer dans mes carnets se résume à ceci. Moins de contraintes, un agenda beaucoup plus détendu dont je serai le seul maître (après l’approbation de Michelle, bien sûr). Nous allons donc continuer le Blue Ridge Parkway jusqu’à sa limite Sud, comme je vous l’avais annoncé.

D’ailleurs, ce soir, nous couchons en Caroline du Nord, dans un camping dont je vous reparlerai demain plus en détail, car nous allons probablement y séjourner un ou deux jours de plus, histoire de nous réhabituer à un rythme moins trépidant que celui des derniers jours.

Hier soir, nous avons assisté au spectacle de clôture de la semaine des chevaux à Salem. Des dizaines de concurrents dans une multitude de catégories se sont affrontés dans le manège intérieur de la ville. Oh ! merveille, cet édifice était climatisé, un baume après la chaleur écrasante et l’humidité des derniers jours.

Nous y avons vu des cavaliers et des entraineurs qui vouent un véritable culte au cheval. Il est vrai qu’il s’agit, à mon avis, du plus bel animal sur terre, après certains humains, cela va de soi.

De chevaux bien dressés, au pelage lustré, dont la queue, tellement longue, traînait souvent par terre. Il était évident, à en juger par le plaisir de la foule que nous étions au pays de grands amateurs. Manifestement, les cavaliers et cavalières, dont certains dans la soixantaine, avaient un très grand respect de leur monture. Dans certaines catégories, ils la montaient, dans d’autres ils la conduisaient, assis dans sur inconfortable sulky ou dans une petite voiture à quatre roues.

Au commandement du maître de piste, ils devaient varier la cadence du pas, au trot, au petit galop et étaient jugés sur l’obéissance de leur cheval. Tous ces cavaliers, comme les chevaux d’ailleurs, avaient revêtu leurs plus beaux atours. Les hommes portaient un Panama, un long manteau, une chemise à jabot avec cravate ou noeud papillon, alors que les femmes arboraient un petit chapeau et une robe longue souvent sous une redingote. Une vraie parade du dimanche quoi ! Selon les catégories, on montait à l’anglaise ou à la western.


Normalement, depuis ce matin, j’aurais dû me sentir vieux. C’était du moins la prétention du calendrier. Qu’il aille au diable ! Je n’ai surtout pas l’intention d’arrêter de trotter (un mot choisi volontairement pour faire la transition entre les deux paragraphes) ni de voyager. Ces 11 derniers jours, j’ai le privilège de vivre avec une femme plus vieille que moi. Maintenant, je ne peux plus lui reprocher son âge, puisque je l’ai rejoint. Zut ! Il va me falloir trouver autre chose pour la taquiner.

Parlant de trotte, je mentionnais au début que nous avions terminé la portion du Blue Ridge situé en Virginie. La veille de notre arrivée à Salem, nous avions noté un changement dans le paysage. Le Blue Ridge avait délaissé le sommet des montagnes pour redescendre dans la vallée de Roanoke. Les pentes comme les courbes étaient devenues beaucoup moins prononcées. Des champs cultivés remplaçaient petit à petit la forêt. Ça et là, des fermes jalonnaient la route. Il était clair que nous nous rapprochions de la civilisation.

Aujourd’hui, nous avons retrouvé le Blue Ridge à l’endroit exact ou nous l’avions laissé pour aller à Roanoke. Hors de question de sauter un seul kilomètre, j’avais annoncé que nous ferions tout le parcours, nous le ferons au complet.

Le segment de Roanoke à la frontière Sud de la Virginie est lui aussi relativement aisé à parcourir. L’altitude n’y dépasse guère 1 100 mètres et les courbes et les montées y sont moins nombreuses que dans la partie nord. Ça et là, quelques campings accueillent les voyageurs en quête d’un havre passager. Plus loin, un terrain de pique-nique jouxte une halte où des musiciens jouent chaque dimanche. Lorsque nous y sommes passés, ils étaient une dizaine, à torturer leurs violons, banjos, guitares ou contrebasse pour la plus grande joie de la vingtaine d’amateurs se prélassant dans autant de chaises berçantes.

Bon, il est 22 h 30 et je crois que je vais aller m’étendre auprès de ma Michelle. Je commence à être fatigué. De grâce, laissez-moi croire que ma fatigue découle de la grande chaleur et de l’humidité et non de la vieillesse.

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juin 27 2010

I went to the market, un p’tit panier sous mon bras…

Vous avez été nombreux à trouver la réponse à ma question d’hier. Il s’agit bien du West Virginia. De la même façon qu’il y a deux Carolines ou deux Dakotas, les États-Unis comprennent aussi deux Virginies.

Pour bien saisir la raison des deux soeurs Virginies, il faut remonter une fois de plus à la guerre civile (1861-1865) (décidément, on ne peut échapper à la guerre). Au début de cette guerre, six États du Sud décident de se confédérer afin de préserver une autonomie à leurs yeux menacée par les États du Nord, désireux d’unifier le pays. Souvent, on a tendance à vouloir expliquer cette époque cruciale de l’histoire des États-Unis en la ramenant à sa seule dimension de l’abolition de l’esclavage. La réalité était beaucoup plus complexe qu’une simple question raciale. Beaucoup d’autres questions fondamentales étaient également en jeu.

Petit à petit, d’autres États rejoignent les forces de la rébellion. Bien malgré elle, la Virginie se retrouve donc à la frontière entre les deux camps. Endosser la cause des Nordistes ou celle des Sudistes divise la population à un point tel que l’État se scinde en deux. La Virginie Occidentale préfère se joindre à l’Union tandis que la Virginie demeure fidèle aux Confédérés. Voilà pour l’histoire.


Tel qu’annoncé hier, nous sommes dans la région de Roanoke. Nous avons passé la nuit au Dixie Caverns Campground, à Salem. Ouvert à l’année, ce camping semble un peu vieillot de prime abord. Cependant, il comprend plusieurs emplacements à entrée directe, tous les services incluant le câble et aussi un signal wi-fi de très bonne qualité. Vous aurez deviné qu’il tire son nom des cavernes à proximité, cavernes découvertes en 1920 par un chien nommé Dixie et deux jeunes garçons téméraires.

Ce matin, nous sommes descendus en ville, profiter du Farmer’s Market du samedi pour acheter quelques provisions de grande fraicheur. Relativement petit, ce marché public présente des fruits et légumes vendus directement par leurs producteurs.

Les étals, situés dans la rue, font face au trottoir. Les passants ont donc le choix d’entrer dans une boutique ou de s’enquérir du prix des pêches, tomates, oignons et autres denrées locales. Une boulangerie artisanale à proximité séduit par l’odeur du pain frais et des pâtisseries fraichement sorties du four.

Sur le coin de la rue, un restaurant se spécialise dans les hot dogs, ou plutôt dans les wieners. Cachée au fond d’un pain chauffé à la vapeur, une  saucisse fumée tente d’émerger sous une généreuse portion de chili. Du chili un peu trop salé à mon goût. Dans ce restaurant, un comptoir court sur trois murs et les clients mangent face au mur, juchés sur des tabourets. Des cadres, de vieux articles de journaux et des miroirs contribuent à distraire les affamés.

Petite anecdote pour illustrer l’importance de la religion dans ce coin du pays. Un couple s’installe sur les deux tabourets à ma gauche. Discrètement, Michelle me suggère de leur jeter un oeil. À mon grand étonnement, l’homme prend la main de sa femme, les deux ferment les yeux et récitent une prière avant de manger. Poser un tel geste pour un hot dog, voilà qui s’appelle avoir la foi. En les voyant, je me suis demandé ce qu’ils auraient fait s’ils avaient eu devant eux un repas gastronomique : un chapelet, un rosaire ou une neuvaine? Ne voulant pas les heurter, j’ai préféré ravaler ma question pour me concentrer sur mon hot dog.

Comme plusieurs autres villes de la Virginie, Roanoke regorge de musées. Ici, ce sont les chemins de fer et les transports qui volent la vedette. Ainsi, dans le même édifice que le « Welcome Center » on peut visiter une exposition de photos magnifiques illustrant cette thématique. Un peu plus loin, un autre musée présente des locomotives, des wagons ainsi que des d’anciennes voitures à traction animale.

Parlant voitures, cet avant-midi, une autre rue de Roanoke était fermée à la circulation. Des amateurs de voitures de collection exposaient leurs bijoux et discutaient ferme avec les badauds. Camaros, Corvettes, Chevelles, Dusters et Ford T partageaient la vitrine avec des MG et Austin Healy britanniques astiquées rutilantes sous le soleil.

J’écris ce carnet cet après-midi alors que Michelle se paye une petite virée au centre commercial (sa drogue). Je suis donc légèrement en avance sur mon horaire habituel, car à 18 heures, nous irons assister à un Horse Show qui viendra terminer une semaine consacrée aux chevaux au centre communautaire de Salem. Un événement annuel réunit plus de 1 200 cavaliers venus de la région et d’ailleurs.

Je vous laisse là-dessus, car la prudence m’impose d’aller rejoindre Michelle.



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