Horizon Lussier

Archive pour avril, 2010

avr 25 2010

Belle surprise au détour


Le 14 avril, un peu à regret, nous avons quitté Moab, UT. À moins de 200 mètres de l’entrée de notre camping, en direction nord-est, une route magnifique, la 128, longe le Colorado sur environ 45 km avant d’obliquer vers le Nord pour rejoindre la I-70. Ayant déjà eu l’occasion d’apprécier toute la beauté de cette route sinueuse, mais sans difficulté, nous avons préféré garder le cap au sud, sur la 191, car nous avions l’intention de nous rendre visiter un autre parc national qui avait échappé à nos périples précédents. Je veux parler ici du Mesa Verde National Park, situé presque à la frontière du Colorado et du Nouveau-Mexique.

Chemin faisant, nous avons eu un petit coup de déprime en voyant tomber quelques flocons de neige sous un ciel gris foncé. Zut, pas l’hiver qui veut revenir, qu’on s’est dit d’un air dépité. Heureusement, quelques minutes plus tard, les nuages firent place au soleil avec tellement de rapidité que je me demandai si ce que nous avions vu n’était tout simplement pas un mirage du désert. Les aventures de Tintin et de Bob Morane ont, je l’avoue, beaucoup marqué mon enfance. Michelle me rassura en me disant que je n’avais pas été victime d’une hallucination quelconque et que la neige était bien réelle.

Quelques kilomètres après avoir traversé le village de Cortez, CO, un panneau indicateur nous apprit qu’il faillait quitter la route 160 pour s’engager sur la route du parc, à droite. Asphaltée et très agréable, cette route serpente, monte et monte sur la vingtaine de kilomètres qui séparent l’entrée de Mesa Verde du centre d’accueil pour visiteurs. Comme cette route est à flanc de montagne, elle offre des panoramas spectaculaires sur la vallée qui s’étend au nord du parc. Cependant, la véritable récompense allait venir un peu plus tard.

Après nous être arrêtés quelques minutes au centre d’accueil et d’interprétation de Mesa Verde, nous avons emprunté la route qui sillonne le parc tout en haut du plateau. Couverte d’asphalte, cette route sur laquelle la vitesse est minimale, conformément à la réglementation des parcs nationaux, s’avère de tout repos.

Un peu partout, des élargissements permettent de stationner pour descendre de voiture. Ce que l’on y voit, ce sont des maisons bâties à même la falaise, il y plus de 800 ans par les Indiens de la tribu des Pueblos. À chacun des points d’arrêt, des panneaux expliquent la nature des constructions, précisent le nombre d’individus ou de familles qui vivaient à cet endroit.

Juchées sur des corniches ou encastrées dans un repli de la falaise, ces constructions ont quelque chose d’irréel et de quoi faire crever d’envie une chèvre de montagne. Je doute fort que dans 1 000 ans, des touristes regardent avec la même admiration les tours à condominiums sur dix ou 20 étages où nous entassons aujourd’hui. L’avenir me dira (oups, je crois que le « me » est de trop) si j’ai raison !

Après quelques heures à Mesa Verde, nous avons repris la route sans destination précise, comme d’habitude. En milieu d’après-midi, nous arrivâmes à Durango, toujours dans le sud du Colorado. Cette ville que nous traversions pour la première fois nous séduisit au premier coup d’oeil. La décision de trouver un camping et de s’y attarder s’imposa d’elle-même.

Une visite à l’accueil touristique pour s’enquérir des terrains avoisinants nous fit prendre conscience que la saison touristique n’était pas véritablement enclenchée. La plupart des campings n’ouvraient qu’au début mai. Après quelques coups de fil, nous finîmes par à en dénicher un qui, bien que non officiellement ouvert, accepta de nous accommoder. Le hic était qu’il était situé à 30 km à l’est de Durango. Il aurait été inconvenant de rechigner, car, après tout, ces kilomètres étaient mille fois moins que la distance parcourue depuis notre départ du Québec.

Nous n’allions pas regretter notre décision. Situé directement sur le bord de la rivière Los Pinos, le Pine Riverside RV Park à Bayfield, par sa beauté toute bucolique et son calme, va rejoindre l’album des beaux souvenirs de notre périple 2009-2010, tout comme Durango d’ailleurs.

En fait, il y a tellement à dire sur Durango et aussi à faire que je me propose de dédier un article à cette ville, dans un prochain numéro de Camping Caravaning. Même si je suis certain que, pour plusieurs, cela ne constituera pas une destination accessible ou prochaine, je suis certain que cet article nourrira plusieurs rêves. Quant à vous qui me suivez chaque semaine, vous devrez patienter encore un peu.


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avr 21 2010

Moab et sa faune


Je poursuis aujourd’hui mon récit sur les grands parcs nationaux de l’Utah. Après Zion et Bryce, nous nous sommes dirigés vers Capitol Reef. Un peu moins connu, ce parc possède néanmoins une personnalité qui le distingue des deux autres.

Longtemps avant qu’il ne devienne un parc national, Capitol Reef fut colonisé pas quelques familles de mormons désireuses de s’établir dans un lieu où elles pourraient facilement contrôler leur environnement en harmonie avec leurs valeurs religieuses. À force de travail et de persévérance, ces colons réussirent à irriguer et à cultiver un sol aride pour en faire jaillir des vergers remplis de fruits variés.

Bien qu’aujourd’hui, seulement quelques vestiges de leurs habitations subsistent encore, ceux-ci confèrent un caractère unique à ce parc. Contrairement aux autres environnants, où falaises, précipices et rochers constituent l’attraction, ici, c’est l’aventure humaine et son action pour transformer le milieu qui devient la raison d’être du parc. En s’y promenant, on parvient à imaginer à ce que fut la vie de ces pionniers et leur isolement du reste du monde. Je crois que pour la majorité des gens d’aujourd’hui, il serait impensable de retrouver un tel mode de vie, privé de tout le confort auquel la vie moderne nous a habitués.

Cependant, comme tous les autres qui pullulent l’Utah, ce parc comprend son lot de trésors géologiques naturels. En utilisant d’est en ouest la route 24, la traversée de Capitol Reef est relativement courte, d’autant plus que la plus grande partie de ce parc est dans un axe nord-sud. Étant sur notre retour vers le Québec, donc en direction est, nous avons continué sur la route 24 après le parc. Avant de rejoindre la I-70, plus au nord, cette route permet aux visiteurs de contempler de nombreux rochers aux teintes rougeâtres, plus majestueux les uns que les autres.

Après quelques kilomètres sur l’Interstate, nous avons orienté le nez du Jeep en direction de Moab ou nous avions décidé d’établir notre camp de base pour aller voir deux autres parcs Nationaux: Canyonlands et Arches. En arrivant à Moab, une affiche disant « Jeepsters Welcome to Moab » me fit sursauter. Wow! dis-je à Michelle, on dirait qu’ils s’attendaient à notre visite. Que non, l’affiche s’adressait à des dizaines et des dizaines de propriétaires de Jeep comme j’allais rapidement m’en rendre compte. Jamais de ma vie, je n’avais suivi, rencontré, vu autant de Jeeps.

À la première occasion, je m’informe pour savoir s’il y avait un rassemblement quelconque d’un club de Jeep. Non, que je me fais répondre, c’est simplement que nous sommes en avril et comme chaque année, avril et mai sont les deux mois de l’année où il y a le plus d’activité ici. Effectivement, l’information que l’on venait de me transmettre était juste. Il régnait dans cette petite ville une activité touristique hors de l’ordinaire. Les terrasses des restaurants débordaient, les gens déambulaient sur les trottoirs comme des fourmis, bref il était clair que la saison touristique était commencée.

Dans les jours qui suivirent, je compris que Moab avait depuis longtemps mis de côté son statut de ville minière. La fin de la guerre froide ayant mis fin à la course à l’armement nucléaire, l’uranium qui faisait la fortune de la ville avait vite vu sa valeur baisser. Heureusement, Moab sut miser sur d’autres ressources. Située dans une faille de l’écorce terrestre, les caps de roches qui l’entouraient allaient vite devenir le rendez-vous idéal pour les amateurs de balades en quatre roues motrices en dehors des sentiers battus.

Avec les années, Moab, Utah s’est sans doute mérité le titre de la capitale des sports extrêmes. Outre les ballades à Jeep, on peut y faire de l’escalade, descendre les eaux agitées du Colorado en canot pneumatique, sauter en parachutisme, planer en parapente, du vélo de montagne ou, tout simplement lorsque l’on a atteint un âge comme le mien, de magnifiques marches dans cette nature sauvage.

À moins de cinq kilomètres de Moab, se trouve le parc national Arches. Comme son nom l’indique, des arches de pierres et des rochers défiant les lois de l’équilibre parsèment ce lieu. Dès que l’on quitte la route, passé le centre d’accueil, le chemin se met à grimper vers le ciel. Des courbes en épingles élèvent l’altitude de plusieurs centaines de mètres en seulement quelques kilomètres. N’ayez crainte, rien de dangereux, même si nous, Québécois, habitués à la plaine devons surmonter un certain inconfort. Soyez certain qu’après avoir circulé dans les canyons de l’Utah et les Rocheuses, plus jamais vous n’emploierez le mot montagne pour désigner les collines de Charlevoix.

Le jour suivant, nous avons pris le chemin de Canyonlands, situé à environ 60, 70 kilomètres de Moab. Cette fois-ci, nous nous sommes retrouvés sur une Mesa, qui signifie plateau. Le bord de falaises donnant sur les ravins donnait l’impression d’avoir été coupé au couteau, comme si le relief terrestre s’était fracturé d’un coup sec pour se retrouver des centaines de mètres plus bas.

Tout au fond des ravins, des chemins de terre, si loin qu’ils avaient l’air d’un fil. Pourtant, en observant attentivement, on pouvait, à l’occasion, y débusquer un 4X4 pas plus gros qu’une auto sortie d’une boite de céréales soulevant un nuage de poussière.

Un peu plus loin, le chemin se mettait à grimper à même le cap de roche comme un lacet de bottine. Des cyclistes aux mollets de béton s’esquintaient à vouloir atteindre le sommet. Un peu plus paresseux mais tout aussi téméraires, des types chevauchant des motocross faisaient révolutionner leurs moteurs au son de guêpe. D’évidence une conclusion s’imposait: les animaux sauvages ne sont pas la seule faune à apprécier ces lieux.


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