Archive pour février, 2010

fév 14 2010

Les quatre saisons


Alors que, logiquement, il aurait été sensé, en quittant Yuma, CA de mettre le cap sur San Diego, nous avons, à la dernière minute, décidé d’orienter la boussole au nord-nord-est et de faire un crochet vers Sedona. Après tout, pourquoi faudrait-il obligatoirement toujours voyager en ligne droite?

La beauté de la ville de Sedona avec ses montagnes rougeâtres suffit à justifier tous les détours du monde. Tout dans cette ville semble harmonisé. Le revêtement des maisons des commerces et autres constructions crée un amalgame ou la pierre, le stuc et le bois cohabitent avec goût. Je ne serais pas surpris outre mesure que plan d’urbanisme de la ville impose l’utilisation des nuances et des couleurs issues des montagnes à proximité.

Certains qualifient cette ville de magique en prétendant que ses montagnes créent des vortex propices à la relaxation et à la méditation. D’un naturel plutôt pragmatique et concret, je me garderai de m’aventurer sur un terrain aussi glissant que passionné, préférant laisser aux granolas et autres amateurs d’ésotérisme le soin de pérorer sur le sujet. Pour moi, peu importe les croyances ou les religions, Sedona est avant tout une très très belle ville.

À quelques kilomètres à l’ouest de Sedona, se dresse, ou plutôt s’accroche, Jerome. Ce village, décrit comme le plus vertical de l’Amérique du Nord tient à la fois à du village habité et du village fantôme. Fondé au milieu du XIXe siècle grâce à l’exploitation minière, Jerome accueillit, dans ses meilleures années, une population qui grimpa (ceux qui ont visité ce village savent combien ce mot s’impose de lui-même) à 15 000 âmes. Aujourd’hui, moins de 500 personnes y vivent encore, artistes et artisans pour la plupart, proposant leurs créations aux touristes qui les visitent.

Accrochées à flanc de montagne, à 1 600 m d’altitude, les maisons de Jerome semblent défier la gravité. Une chose est certaine, les personnes qui les ont construites avaient le goût du risque et ne connaissaient pas le vertige. De l’entrée du village à sa sortie, notre GPS indiquait une dénivellation d’environ 300 mètres. Avec une telle pente,  les policiers locaux n’ont jamais à se soucier des excès de vitesse.

J’en arrive maintenant au titre de ce carnet. Après deux jours passés à Camp Verde, au Distant Drum RV Park, en banlieue de Sedona, nous avons repris la route pour nous rendre à Bullhead City, une ville à l’extrême ouest de l’Arizona, à la frontière du Nevada, sur le bord du Colorado. La meilleure route à suivre pour s’y rendre consistait à prendre la I-17 jusqu’à Flagstaff pour, par la suite, bifurquer en direction ouest sur la I-40.

Le matin de notre départ, Camp Verde nous proposait un temps d’automne. Quelques degrés à peine au dessus du point de congélation et beaucoup de soleil. Plus nous roulions vers le nord, plus l’altitude augmentait. Nous avions l’impression de rouler vers l’hiver.

De chaque côté de la route, un long boudin de neige produit par l’activité des chasse-neige grossissait à vue d’oeil. Dans la forêt logeant la route, les branches des arbres ployaient sous le poids de la neige alors que le sol était recouvert d’un tapis blanc d’un mètre d’épaisseur. Les tempêtes de ces dernières semaines avaient imposé le blanc à toute la région de Flagstaff, ville située à environ 2 600 mètres d’altitude.

Quelques heures plus tard, nous redescendions lentement vers la plaine. Petit à petit, la neige disparaissait et nous avions vraiment l’impression de rouler vers le printemps. En arrivant à Bullhead City, moins de 200 kilomètres plus loin, nous avions rattrapé l’été et le thermomètre rougissait de plaisir en affichant 23º.

En une seule journée, nous avions vécu les quatre saisons. Je comprends mieux, maintenant, pourquoi les années si passent vite.


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fév 07 2010

Yuma et Quartzsite


En cette fin de vendredi après midi, je rédige mon carnet hebdomadaire une journée plus tôt qu’à mon habitude. Après neuf jours passés à Yuma, nous venons d’arrêter le moteur du Jeep à Salome, toujours en Arizona. Fidèles à nos habitudes, nous nous sommes arrêtés au Desert Gem, un, parmi la dizaine de campings qui longent la route AZ-60 sur une trentaine de kilomètres.

Je vous entends vous demander pourquoi celui-ci? Pour rien, ou plutôt pour parce que ce camping honore la carte Passport America et que nous y sommes venus plusieurs fois. Je ne faisais pas allusion à la fidélité pour rien, comme vous pouvez le constater.

Parlant de cette carte, depuis où nous avons quitté le Québec, il y a déjà 112 jours, nous avons réussi à l’utiliser pour 82 nuitées. Je viens tout juste de calculer combien elle nous a fait économiser. J’arrive à un total de 1 608,09 $ US et notre voyage est loin d’être fini puisque notre retour est prévu pour le 2 ou 3 mai seulement. Pas mal pour une carte qui coûte moins de 50 $ par année.

Parlant d’argent, il faudrait bien, un de ces jours, que je consacre un carnet à détailler combien il nous en coûte pour un long voyage comme celui que l’on fait actuellement. À moins, bien sûr, que cela ne vous intéresse pas. Mais, pour l’instant, revenons à Yuma.

Plus nous nous rendons dans cette ville, plus nous l’apprécions. À mi-chemin entre la bourgade et le grand centre, Yuma n’a qu’un seul vrai défaut, sa base aérienne de marines. Étant donné le penchant naturel des Étatsuniens à jouer au cowboy, il n’est pas surprenant de les voir s’adonner à cette passion même dans les airs.

De l’aube au crépuscule, sans répit, des avions de chasse décollent ou se posent sur les pistes de l’aéroport. Leur vrombissement remplit l’air à en défoncer les tympans. Vers la fin de la journée, des hélicoptères Sikorkys en forme de grosses bananes ramènent des soldats du champ d’essai et de démonstration situé à une trentaine de kilomètres au nord de Yuma, près de la route 95.

Durant les neuf jours où nous étions à Yuma, nous avons justement emprunté cette route pour aller à Quartzsite, surnommée La Mecque des caravaniers. Une fois de plus, j’ai été déçu. Cet énorme marché aux puces en perd d’année en année. Peut-être est-ce seulement une impression, mais on dirait que les caravaniers se détachent de ce lieu mythique.

Pourtant comme le mentionnait quelqu’un sur le forum, les lieux semblaient un peu plus propres qu’auparavant. Il ne faudrait surtout pas que vous en tiriez la conclusion que cela est le résultat d’une moins grande fréquentation. Si tel était le cas, cela voudrait dire que ce les caravaniers sont des « cochons » qui salissent partout où ils passent.

Je crois plutôt que Quartzsite grossit et, comme tout village qui prend de l’expansion, les installations que l’on y trouve gagnent en qualité. Or, on peut se demander dans quelle mesure cette croissance va garder son rythme si les caravaniers commencent à bouder cette destination.

L’ouest des États-Unis regorge de villages fantômes, vestiges de la ruée vers l’or et des mines du XIXe. Qui sait, un jour peut-être, nos petits enfants viendront-ils à Quartzsite, visiter un village fantôme de caravanes. Si cela devait arriver, ils diraient probablement: « Lorsqu’ils vivaient en nomades, pépère et mémère sont déjà venus ici. Qu’est-ce qui pouvait bien les attirer dans un tel lieu? »

Du fond de ma tombe, j’aurai alors la satisfaction d’avoir contribué à créer une autre énigme de l’Histoire.


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