Archive pour février, 2010

fév 28 2010

Montagnes et désert


À cause de la diversité de sa géographie et de ses climats, la Californie réserve bien des surprises à ses visiteurs. Ainsi, alors que je pianote mes lignes hebdomadaires sur mon ordinateur, bien campé dans un fauteuil dehors, j’entends tambouriner la pluie sur la toile de l’auvent de la caravane. Depuis l’aube, nuages et soleil se disputent le ciel.

Pourtant, hier soir, les manchettes du journal télévisé local laissaient entendre que le déluge pourrait nous tomber sur la tête. Si c’est cela de la pluie, les vendeurs d’imperméables vont faire sûrement déclarer faillite. Sitôt que la pluie se dépose sur la dalle de béton de mon emplacement de camping, elle s’évapore et, le temps de le dire, le sol redevient sec.

Encore un peu et j’oubliais de préciser où nous avons établi notre camp, ce qui aurait amené plusieurs d’entre vous à me le demander. Palm Springs, CA, lieu de prédilection de la faune artistique de Hollywood à la recherche d’un endroit à la fois calme et raffiné. Notre camping porte bien son nom, le Happy Traveler RV Resort. 155 emplacements juste assez larges pour autoriser l’ouverture des rallonges escamotables de gros VR et le déploiement de leur auvent.

Malgré l’étroitesse de ses emplacements, ce camping, réservé aux personnes de plus de 55 ans, est on ne peut plus agréable. Chaque emplacement est délimité de chaque côté par une haie de plus de deux mètres de hauteur.

On ne saurait demander mieux pour créer de l’intimité. À l’avant de l’Alto, la Jeep, stationnée à 90º, nous protège du regard des passants avides de voir ou de visiter un équipage s’écartant de l’orthodoxie du véhicule récréatif. À l’arrière, trois mètres de sable et une rocaille en pente jouxtant un mur de blocs de béton consacrent le caractère privé de notre espace.

Voilà qui permet de comprendre que, dès notre arrivée ici, nous ayons révisé notre itinéraire et décidé d’y rester un mois. Nous avions pourtant imaginé y passer deux semaines, à 250 $ pour sept jours. Dans ces conditions, à 750 $, électricité et taxes comprises, le tarif mensuel présentait un bien meilleur rapport qualité-prix.

Les emplacements vacants au Happy Traveler se font rares. Quelques caravaniers semblent en avoir fait leur domicile permanent, si l’on en juge par la décoration élaborée de leur patio. Pour les autres, un grand nombre de plaques d’immatriculation portant la mention «Beautiful British Columbia» trahissent leur l’origine. Bien sûr, aucun Québécois en vue.

Par sa durée, cet arrêt constitue une dérogation à notre façon habituelle de voyager. Il s’agit en fait de notre plus long séjour en un même endroit de tout l’hiver. Comme à Apache Junction, en banlieue de Phoenix, AZ, où nous avons passé trois semaines, Palm Springs a beaucoup à offrir à ceux qui la visitent, du golf au ski alpin.

Ville très propre et développée avec goût, remplie de bons restaurants et de bien belles boutiques, cette ville transpire l’aisance et le luxe. Au strict plan géographique, on peut y voir au sud, les Jacinto Mountains aux sommets enneigés et, de l’autre côté le désert californien. À quelques kilomètres de la ville, profitant de couloirs bénéfiques, des éoliennes par milliers agitent leurs grands bras. Il y en a tellement que l’on pourrait se demander si elles bougent sous le vent ou si elles le créent.


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fév 21 2010

Lake Havasu City


Comment une région, ou une ville réussit-elle à se positionner comme un lieu attirant pour les visiteurs? La réponse est souvent simple, un peu d’imagination associé à un sens aigu du marketing.

Robert McCulloch, fondateur de la municipalité de Lake Havasu, sur le bord du Colorado, en Arizona, possédait ses deux qualités, en plus d’être très riche, ce qui aide beaucoup. Ayant appris que la ville de Londres, en Angleterre, s’apprêtait à démanteler un des nombreux ponts enjambant la Tamise (de son vrai nom la Thames River) pour des raisons de sécurité, il eut l’idée d’acheter ce pont et de l’amener à Lake Havasu. Lorsque l’on est riche à millions, même les idées les plus folles peuvent devenir réalité.

Chacun des blocs de granit du pont fut déposé, nettoyé, soigneusement numéroté et aminci de 15 à 20 cm avant de franchir l’Atlantique, traverser le canal de Panama et remonter le Pacifique jusqu’à Long Beach en Californie. Après 500 km de route, la cargaison arriva à Lake Havasu City pour y être assemblée de nouveau en respectant la numérotation des blocs qui furent plaqués sur une structure en béton armé.

Curieusement, ce pont ne fut pas érigé sur le Colorado, mais sur la terre ferme. L’assemblage terminé, une opération qui dura de 1968 à 1971, McCullogh fit creuser sous le pont, un canal pour la navigation de plaisance. Une partie du débit du Colorado  fut ainsi dérivée vers le canal, ce qui transforma, du jour au lendemain, la nature géographique de Pittsburgh Point qui passa du statut de péninsule à celui d’île.

Il n’en fallut pas plus pour attirer les curieux. Aujourd’hui, ils sont des milliers à venir admirer cette structure. Mieux encore, Lake Havasu City connait une croissance importante depuis l’avènement du pont. À titre d’exemple, ces dix dernières années seulement, la population y a augmenté de 35 % et rien n’indique que cette tendance va s’essouffler.

Destination touristique intéressante à l’année, cette ville séduit particulièrement les retraités attiré spar la douceur de son climat hivernal, la beauté du relief environnant et les nombreuses ressources récréatives qu’offre le Colorado : pêche, baignade, navigation… De plus, pas moins de sept terrains de golf n’attendent que les amateurs.

Inutile de préciser que cette ville est également une destination très appréciée des caravaniers, qu’ils soient simplement de passage ou saisonniers. Ça et là, de magnifiques et luxueux campings ne demandent pas mieux que de les accueillir.

Le pont de Lake Havasu reflète également la propension de nos voisins au manque de nuance. Pour eux, ce pont est « The London Bridge », rien de moins. Pourtant, pour le reste de la planète, le vrai London Bridge est encore à Londres et il est certain que la Ville refuserait de s’en départir, peu importe le prix qu’on pourrait lui en offrir. La légende veut aussi que McCullogh lui-même pensait avoir acheté « The London Bridge », chose qu’il a toujours démentie. On peut facilement le comprendre d’ailleurs.

Naïfs, nos voisins se laissent, même en 2010, facilement convaincre qu’ils peuvent voir et traverser « The London Bridge » à Lake Havasu City, alors que ce qui leur est proposé n’est que « one of the London’s Bridges ». Il est vrai aussi qu’Elvis n’est pas mort et que la sortie de Neil Armstrong sur la lune, fut en réalité tournée dans un studio d’Hollywood.

Quoi qu’il en soit, ce bémol sur l’attitude des Étatsuniens n’enlève cependant rien au charme et à la beauté de Lake Havasu City. Je suis certain que tous les caravaniers s’y étant arrêtés seront du même avis que moi. Lucides, il suffit de s’y rendre avec un petit sourire en coin.


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