avr 11 2009
Réveil brutal
Les caravaniers des États-Unis, je n’arrête pas de le répéter, sont beaucoup plus touchés par les difficultés économiques que les Québécois. Pourtant, nous achetons et utilisons les mêmes véhicules récréatifs qu’eux. Alors, pourquoi cette différence?
La réponse vient du crédit et plus particulièrement, de l’endettement de nos voisins. Les grandes banques imposent maintenant des mesures très restrictives au financement des biens de consommation. Les caravaniers doivent donc effectuer une mise de fonds beaucoup plus substantielle qu’auparavant pour se procurer une nouvelle caravane. Or, plusieurs d’entre eux ont déjà atteint ou dépassent leur capacité de remboursement.
De récents sondages ont démontré que 24 à 40% des caravaniers états-uniens doivent plus pour leur véhicule récréatif que la valeur de celui-ci. Deux raisons expliquent cette situation. Pour aider aux ventes, les revendeurs offraient aux acheteurs un financement étalé sur 20 ou 25 ans tout en ne demandant peu ou pas de mise de fonds initiale (« no cash down »).
Le contrat signé, dès qu’il quittait la cour du marchand, le VR perdait immédiatement environ 20 % en dépréciation. Pour n’importe quel consommateur, voilà qui s’appelle partir sur la mauvaise roue. Séduit par un remboursement mensuel peu élevé, l’acheteur pensait concrétiser son rêve à bon compte.
Le choc est brutal, lorsque, quelques années plus tard, voulant se départir de son véhicule, il réalise qu’il doit payer (ou s’endetter) pour s’en débarrasser, car sa valeur au marché est bien moindre que la dette qui y est attachée. Pour certains, la différence entre la valeur et la dette peut représenter plusieurs dizaines de milliers de dollars.
Pourtant, cette situation n’est pas nouvelle. Voilà plusieurs années qu’aux États-Unis, certains commerçants appliquaient un stratagème pour la contrer. Le truc était simple, il suffisait de gonfler la valeur du véhicule récréatif désiré par le consommateur.
Roger se présentait chez le vendeur pour acheter une autocaravane de 100 000 $ en échange de sa vieille. Le vendeur lui offrait 20 000 $ pour celle-ci. Or Roger devait encore 35 000 $ pour acquitter son prêt.
Pas de problème rétorquait le vendeur, nous allons financer l’autocaravane de tes rêves comme si elle valait 15 000 de plus, de cette façon, ta dette résiduelle disparaîtra. Argument suprême, en finançant le VR sur 25 ans, les nouveaux remboursements mensuels seraient à peine plus élevés que ceux que Roger payait déjà . Ainsi roulé dans la farine, Roger remerciait chaleureusement le vendeur d’avoir trouvé une solution aussi intéressante.
Cela se passait du temps où le crédit était facile. En prenant la route, euphorique, Roger n’avait pas compris que son VR, payé 115 000 $ valait en réalité 80 000 $ (100 000 moins 20% de dépréciation). Pourtant il venait tout juste de contracter une dette de 115 000 $
Trois ans plus tard, alors qu’il désire se débarrasser de son autocaravane pour diminuer son niveau d’endettement afin de conserver sa maison, Roger vit un réveil brutal. L’effondrement du marché a accéléré la dépréciation de son autocaravane alors que sa dette n’a presque pas diminué. Il doit donc emprunter de nouveau pour combler l’écart entre ce que vaut son autocaravane et sa dette. Malheureusement, les banques ne veulent plus prêter sans de solides garanties. Roger n’a ni les moyens de garder son autocaravane, ni les moyens de la vendre. Tout un dilemme!
Mais cela se passe aux États, loin de chez nous!



